Quelques entretiens..

Nous sommes bien conscients que pour la plupart, le transgenre est un terme bien vaste et bien compliqué, j’ai donc décidé de mener des entretiens avec des gens du milieu pour éclairer toutes confusions. Pour se faire, je suis entré en contact avec le compagnon du patron de la discothèque gay de Bordeaux. Très gentiment, il m’a fait part de contacts variés: 2 personnes qui sont en transition, 2 androgynes, 2 travestis professionnel, 2 travestis occasionnels et 1 dragqueen. J’ai rédigé un questionnaire relativement court, bateau et sommaire, afin d’éviter tout malentendus et toute intrusion trop embarrassante.

  1. Depuis quand vous travestissez-vous?
  2. Pour quelles raisons?
  3. Comment vous travestissez-vous et à quelles occasions?
  4. Comment vous sentez-vous quand vous êtes travesti?
  5. Est ce que vous le faites par plaisir, pour le travail ou est ce que vous pensez à devenir définitivement une femme?

J’ai envoyé ce questionnaire à ces 9 personnes via le réseau social Facebook. Très rapidement, Jill Andersen un androgyne m’a répondu.

  1. Depuis quand vous travestissez-vous?

Ca fait un peu plus d'un an que je m'assume totalement et donc que je me travestis.

2. Pour quelles raisons?

Je me sens moi même en femme, pas une personne cachée a me forcer d'exprimer une certaines masculinité conformisée par la société.

3. Comment vous travestissez-vous et à quelles occasions?

Je me suis toujours habillée de façon androgyne donc ça n'as pas beaucoup changé, je suis très pantalon, les jupes c'est pas mon délire, sinon j'ai un soutien gorge et je suis maquillée, comme tout les jours d'une femme en fait.

4. Comment vous sentez-vous quand vous êtes travesti?

Comme je l’ai dit je me sens moi, plus de cache cache masculin, en un mot: femme.

5. Est ce que vous le faites par plaisir, pour le travail ou est ce que vous pensez à devenir définitivement une femme?

Ca me fait plaisir sinon je ne le ferais pas, et oui je compte devenir définitivement une femme.

Peu de temps après, j’ai eu par téléphone, une personne en pleine transition, Clara Arcanatury.

  1. Depuis quand vous travestissez-vous?

Je me travestis depuis l’âge de 13ans mais je m’assume seulement depuis l’âge de 16ans car je pense qu’au collège je n’allais pas être accepté. Mais, j’en ai eu marre de me cacher auprès de ma famille comme auprès de mes amis, j’ai donc décidé de m’assumer 3 ans plus tard et à mon grand étonnement il n’y a eu aucun problème, tout le monde a accepté autant mon homosexualité que mon travestisme.

2. Pour quelles raisons?

Psychologiquement autant que physiquement je me sens beaucoup mieux en femme.

3. Comment vous travestissez-vous et à quelles occasions?

Je me travesti au quotidien, je me suis jamais habillée en homme, pour n’importe quel occasion, un rendez-vous, une sortie, le travail, je suis toujours en femme, je suis une femme quoi.

4. Comment vous sentez-vous quand vous êtes travesti?

Je me sens très bien, je suis très à l’aise et heureuse de pouvoir être comme je suis.

5. Est ce que vous le faites par plaisir, pour le travail ou est ce que vous pensez à devenir définitivement une femme?

Je ne le fais pas pour le travail mais simplement pour le plaisir. Oui je compte devenir définitivement une femme, je vais suivre le protocole fait en France. Je vais voir un psychiatre, prendre des hormones, effectuer l’opération, changer de prénom et tout ce qui s’en suit. C’est remboursé par la sécurité sociale et très bien surveillé, donc autant en profiter!

Au même moment Iris Avila Gallego, elle aussi en pleine transition pour l’instant, m’a répondue et m’a même proposé qu’on se rencontre histoire qu’on en discute pour profondément.

Elle m’accueillie chez elle, elle était accompagnée d’Anastasia, une amie à elle et nous avons discuté ensemble pendant 2h30. J’ai commencé par l’entretien formelle pour ensuite discuter de leurs vies plus tranquillement.

  1. Depuis quand vous travestissez-vous?

Etant donné que je suis transsexuel, je ne me travesti pas. Travesti et transsexuel sont des termes totalement différents. Tu peux te travestir en homme, en femme, en sorcière, en princesse, quand tu te travestis tu te déguises. Un transsexuel est en transition, ce n’est pas un travesti. Il faut vraiment le souligner, il y a beaucoup de termes qui sont totalement différents, il faut pas les mélanger car c’est aussi à cause de ça que se créent les amalgames. Donc je reprends, donc je m’habille en femme depuis tout petit, depuis exactement l’âge de 6ans. Je prenais les affaires à ma mère je les déchirais, je déchirais les costumes de mon père aussi, pour faire des affaires moitié femme moitié homme.

2. Pour quelles raisons?

La raison est tout simplement génétique. Il n’y a pas plus de raisons. Nous sommes des femmes enfermées dans un corps d’homme, qui correspond pas à notre cerveau. C’est vraiment une erreur génétique de la naissance. Depuis tout petit, tu as déjà un sentiment spéciale qui te fait dire que t’es une femme et non un homme.

3. Comment vous travestissez-vous et à quelles occasions?

Je m’habille donc en femme, presque tout les jours mais pas tout les jours justement parce que des détails bloquent: la barbe, pas de poitrine etc.

4. Comment vous sentez-vous quand vous êtes en femme?

Pendant le parcours (de l’opération), avant même d’être une femme, il y a énormément de souffrance. C’est une souffrance par rapport au regard, la non acceptation, le non respect des gens. L’homme a toujours été un macho, un sexe fort. L’homme en tant que sexe fort n’accepte donc pas qu’il devienne le sexe faible, je pense que c’est de la que vient le non respect. Les hommes ont beaucoup trop de mal à accepter que le sexe fort puisse devenir sexe faible. C’est la peur de l’altérité, la peur de l’autre, c’est au final exactement comme le racisme. Moi je viens de Séville, d’Espagne, un pays de base catholique et très macho, et ce qui est étonnant c’est qu’ils sont beaucoup plus tolérants que les français. En France, pays d’égalité, de fraternité de tout ça, la grande majorité vont nous pointer du doigt quand ils vont nous voir dans la rue. Donc quand tu n’es pas encore définitivement une femme, c’est assez dur de bien se sentir en femme.

5. Est ce que vous le faites par plaisir, pour le travail ou est ce que vous pensez à devenir définitivement une femme?

Je pense devenir définitivement une femme. Le parcours commence avec le psychiatre, c’est lui qui donne le départ pour toutes les opérations. Une fois d’avoir vu le psychiatre, un médecin va te donner le traitement hormonal, avec une dose d’hormones qui vont t’aller et ça pendant 2 ans. Pendant ces 2 ans, les seins peuvent pousser, on peut enlever la barbe avec le laser etc. Au bout de 2 ans, il n’y a plus de testostérone mâle. Ensuite vient l’opération, l’opération, permet d’avoir un sexe féminin. Après l’opération il y a tout le changement administratif, le nouveau prénom et tout ce qui s’en suit. C’est une étape très compliquée. La loi française n’acceptera pas le prénom ‘Iris’ si je n’ai toujours pas changé de sexe. Pour tout les questions de papiers, l’association trans3.0 nous aident énormément.

Iris m’expliquait qu’elle se fait insulter quotidiennement, elle se fait jeter des pierres et se fait traiter de ‘sale pédé de merde’, avec des commentaires comme ‘on va te foutre des poubelles dans le cul, c’est ça que tu aimes’ ou encore ‘non aux putes’ et j’en passe. Elle rajoute: « ‘Pute’ c’est plutôt un terme féminin, donc ça me fait pas si mal que ça (rires). »

Iris à vécu énormément de violences par sa famille dû au fait de son homosexualité et de son travestisme. Elle m’expliquait « Ce qui dérangeait mes parents c’était que j’étais un homme mais que je couchais avec un homme. 16 ans après ma fuite, j’ ai repris contact avec eux pour leur annoncer que j’allais devenir définitivement une femme. Cette fois ci mes parents arrivent à accepter car je serais une femme et que je coucherait avec un homme. »

Iris a voulu passer un dernier message à l’ensemble de nos lecteurs:

« La vie n’est pas facile, ce n’est pas un cadeau, il faut respecter tout le monde malgré qu’on puisse pas accepter toutes les différences. Vivre et laisser vivre. Et avancer, basta! »

Je suis encore en attente de 6 réponses, dès que je les aurai, je vous les posterai donc.

Ne vous arrêtez pas aux apparences, leurs histoires sont fascinantes, ils ont des choses à nous dire, écoutons-les et rencontrons-les !

Retour à l'accueil